CLÉMENCEAU (Georges) - Au pied du Sinaï. 1898.

CLEMENCEAU (Georges)

Au pied du Sinaï.

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CLÉMENCEAU (Georges) - Au pied du Sinaï. Paris, Henri Floury, 1898. 

In-4, (37,5 x 27,5 cm : dimensions de la chemise), (4)-107-(5) pp., en feuilles. Chemise à lacets de l’éditeur. Petits défauts d’usage sur la chemise. Quelques très rares rousseurs. Ex-libris Marcel Lecomte. 

Édition originale de ce recueil de six nouvelles de Georges Clemenceau, publié en 1898, quelques mois après le célèbre J’accuse…! d’Émile Zola. Journaliste et rédacteur au sein du quotidien L’Aurore, c’est Clemenceau qui à l’origine du titre donné au célèbre pamphlet-manifeste. 

Au pied du Sinaï paraît à une époque où la « question juive » occupe une place centrale dans le débat politique. Les nouvelles qui composent l’ouvrage s’inspirent des observations faites par Clemenceau lors de ses séjours à Carlsbad. Elles décrivent la communauté juive de Galicie, notamment dans la ville de Busk, ainsi que les premières vagues d’exode des juifs d’Europe de l’est.

Le discours de Clemenceau se caractérise par une ambivalence : il oscille entre la défense du peuple juif et des propos marqués par les stéréotypes antisémites de son époque. Comme le résume l’historien Pierre-André Taguieff, « on ne saurait nier l’imprégnation antisémite de ces textes de Clemenceau, au moment même où il combat les antisémites ». Ainsi, bien que Clémenceau soit un « dreyfusard de premier plan », il ne peut « totalement échapper aux présuppositions idéologiques ni aux schématisations rhétoriques de son temps ».

« Trois des textes du recueil (« En Israël », « Impressions de Galicie », « Busk ») relèvent du genre du récit de voyage : la chronique exotique le dispute à l’observation ethnologique, mêlée de considérations morales et politiques à destination du public français. Un quatrième récit, « Schlomé le batailleur », présenté comme « une véridique histoire » écrite « sous la dictée d’un témoin », pourrait presque passer pour la traduction d’un conte yiddish. Clemenceau y a ajouté deux histoires sans rapport avec la matière galicienne, l’une dans une veine toute satirique (« Comment je suis devenu presbyte »), l’autre aux limites de la parabole (quand bien même elle se serait vaguement inspirée de faits authentiques) : « Le baron Sinaï » ». Philippe Zard 

Grâce à ses liens avec la communauté artistique parisienne, Clemenceau sollicite le talent de Toulouse-Lautrec pour illustrer Au Pied du Sinaï. Ce travail marque l’une des dernières contributions du peintre à l’univers du livre avant sa mort en 1901. En recherche d’inspiration, Toulouse-Lautrec passe des heures dans les rues du quartier juif de la Tournelle à croquer les passants. Déjà marqué par la fatigue et sa santé fragile en 1898, il semble projeter dans cette œuvre une forme de mélancolie. L'atmosphère sombre, associée à la vigueur de son trait, confère à l’ensemble des illustrations une intensité saisissante. 

L’illustration se compose de 10 hors-textes, 6 culs-de-lampe et 4 planches correspondant aux illustrations refusées. 

Précieux exemplaire faisant partie des 25 du tirage de tête imprimés sur japon ancien (le numéro 6) comprenant 3 états de toutes les lithographies ainsi que la suite des planches refusées. 

Cet exemplaire est en outre enrichi de

•    2 très rares (peut-être uniques) épreuves d’atelier avant la réduction du sujet tirées sur chine.

•    La très rare suite des 10 hors-textes tirés sur japon ancien à grandes marges, signés de la main de Toulouse-Lautrec.

•    Prospectus de souscription.

 Détail des 55 lithographies originales présentes dans l’ouvrage : 

•   3 états des 10 lithographies hors texte (1 sur papier vélin, 1 sur japon fin à grandes marges, 1 sur chine à grandes marges)

•   La suite des 4 planches refusées tirées sur japon ancien dont un projet de frontispice de grand format.

•   La suite des 10 lithographies hors texte tirées sur japon ancien à très grandes marges et signées de la main de Toulouse-Lautrec.

•   2 épreuves d’essai, en premier état, avant la réduction du sujet tirées sur chine. L’une pour un hors-texte et l’autre pour une planche refusée. Épreuves uniques, inconnues de Deleteil.

•   3 épreuves de la couverture : une collée sur la chemise à lacet, une épreuve d’essai, une épreuve de l’état définitif.

•   6 culs-de-lampe.

Références :

  • Taguieff, Pierre-André, « Face aux Juifs : ambivalences et retournements », Sortir de l'antisémitisme ? : Le philosémitisme en question, Paris, Odile, Jacob 2022, pp. 49-65.
  • Zard Philippe, « Préface », Au pied du Sinaï, Editions de l’Antilope, 2022.

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